Emprunts linguistiques des mille et une nuits

23 février 2021

Quel est le meilleur moyen d’apprendre une langue étrangère ? L’amour ou... les relations commerciales. Car quand on y trouve des avantages « enrichissants », on se débrouille plus facilement. C’était déjà le cas des navigateurs hollandais qui chargeaient leurs bateaux d’épices arabes. Dans la foulée, ils ont aussi importé des noms et des expressions de là-bas qui, encore aujourd’hui, pimentent notre langue. Nous vous emmenons en safari linguistique arabe.

De l’océan Atlantique à l’océan Indien

Fermez les yeux et imaginez Morgan Freeman interprétant le brillant Azeem qui, grâce à ses idées de génie, sauve Robin des Bois (certains disent qu’il s’agirait de Kevin Costner) de situations délicates. Sans oublier les « mages de l’Est » qui ont régulièrement marqué l’histoire, que ce soit en solo ou à trois. Autant de nobles représentants du monde arabe.

Commerce lointain et enrichissant

Le sud du Bassin méditerranéen est immense. Les croisés sont allés jusqu’à Jérusalem, tandis que les Arabes sont partis au nord, vers l’Espagne et l’Italie. Quand ce n’était pas pour se battre, c’était pour faire du commerce.  Avec succès, car ils avaient plein de bonnes choses, comme du café, du sucre et de l’alcool. Ainsi qu’un mode de paiement bien à eux : le chèque. Mais ils ont aussi amené des connaissances utiles. L’algèbre n’en est pas des moindres...

Bataille sucrée

Le contact mutuel amène la communication. Encore faut-il les bons mots. Cela explique les nombreuses influences linguistiques arabes toujours présentes dans la langue française :

  • le sucre (sukkar en arabe), vous savez ce truc douceâtre que les croisés ont ramené du Moyen-Orient au douzième siècle...
  • le café (qahwa en arabe) a d’abord fait référence au « vin ». Quand les Arabes ont découvert le café dans la province éthiopienne de Kaffa, ils en associèrent les effets avec ceux de leur qahwa. Ce n’est qu’au dix-septième siècle que des explorateurs l’ont ramené dans nos contrées sous le nom de cauwa. Quoi qu’il en soit, nous leur devons notre « petit kawa » du matin.
  • les échecs sont un combat sur un plateau de jeu. Et la bataille se gagne par échec et mat. Dans ce terme, le mot perse sjâh fait référence au roi, tandis que le mot arabe mât signifie « il est mort ». À partir du dix-septième siècle, les champions d’échec européens ont commencé à s’exclamer « le roi est mort », mais à l’arabe : à savoir, « échec et mat ».
  • un commandant en mer est un amiral (amīr-al-baḥr en arabe), où amara renvoie à commander et al bahr à la mer.
  • l’alcool (al-kuḥl en arabe) désignait initialement une poudre d’antimoine très fine utilisée pour noircir les yeux. À partir du dix-septième siècle, le mot désigne tout produit obtenu par distillation.

ElaN vous fait vivre mille et une nuits linguistiques

Ces étymologies arabes vous font perdre votre latin ? Pas de panique. Allongez-vous sur notre confortable matelas (al maṭraḥ) linguistique, prenez un magazine (maḵāzin) et une carafe (ḡarrāfa) d’eau, et admirez comment nous transformons votre charabia (al-arabîya) en un texte convaincant !

Évitez les avaries (awārīyaî) linguistiques grâce aux gazelles d’ElaN !